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Description

Le projet ESPEER entend promouvoir une méthode d’appréhension globale du cycle des ressources (matières) dans l’économie. Le développement des politiques environnementales, puis de développement durable, en Europe et en France induit une demande en critères et indicateurs capables d’en assurer le suivi, d’en estimer les effets et d’en orienter la conduite. Cette demande couvre différentes situations : planification stratégique (et investissements associés), éco-conception, politiques d’approvisionnement « vert », communication et marketing (éco-labels) et appelle plusieurs réponses, qui s’articulent essentiellement autour des deux « outils de connaissance » : les statistiques environnementales et les travaux scientifiques.

Au niveau international, avec les conclusions du sommet de la terre de Rio (1992, d’où est issu l’agenda 21), l’idée de valider les performances des politiques socio-économico-environnementales et de jouer un rôle de pilotage ou de rétro-correction des politiques a mis en avant le besoin d’indicateurs environnementaux établis à partir de statistiques. L’OCDE a élaboré un système complet d’indicateurs dont le corps central permet aux 25 pays membres de quantifier l’état de leur environnement, les pressions qui s’exercent sur lui et les réponses fournies par les gouvernements pour y remédier. Eurostat, le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), l’initiative « Global reporting » expérimentent des indicateurs de durabilité et de soutenabilité. Le PNUD et le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) conservent l’objectif de disposer de statistiques harmonisées au niveau international, mesurant le développement et tenant compte des interactions entre phénomènes économiques, sociaux et environnementaux, et des efforts et impacts des acteurs (collectivités, entreprises, citoyens).

Ces systèmes d’indicateurs s’appuient sur un « modèle » de compréhension « causale » des statistiques environnementales. Les modèles sont à l’origine destinés à fournir une base physique pour les comptes détaillés environnement/ressources à inclure dans les systèmes de comptabilité nationale. Les plus utilisés aujourd’hui sont :

  • Pressions-Etat-Réponses – PER (OCDE), Force motrice-Etat-Réponse - DSR (Nations Unies),
  • Force motrice-Pression-Etat-Impact-Réponse – DPSIR (Union Européenne),
  • Indicateurs du développement durable (World Economic Forum).

Le modèle PER propose la logique suivante : les « pressions » induisent un « état » auquel la société apporte des « réponses », soit en diminuant les pressions soit en remédiant l’état. Les indicateurs du Commissariat Général au Développement Durable (Service de l’Observation et des Statistiques, ex-IFEN) notamment sont construits selon ce modèle. Ils comportent des indicateurs liés aux pressions (émissions, occupation du sol…), des indicateurs liés à la surveillance de l’état (nombre de jours au-dessus des seuils de pollution…), des indicateurs liés aux réponses (dépenses de protection de l’environnement...).

Cependant, le manque de liens scientifiques fermement établis entre les pressions et l’état de l’environnement d’une part, et la pression sociale cherchant à désigner les responsables des dommages d’autre part, conduisent l’Europe au développement du modèle DPSIR (Driving force – Pressure – State – Impact – Response) qui fait apparaître explicitement des « causes » (driving force) créant des pressions, qui dégradent l’environnement et induisent des « impacts » sur la santé, et les écosystèmes auxquels la société tente de répondre. Cette approche est beaucoup plus pragmatique car elle introduit l’économie au cœur de l’environnement : les réponses de la société sont effectivement fonction des impacts constatés. Les impacts sont créés par des activités dont les pressions ont des conséquences sur l’état. L’approche introduit en particulier la responsabilité du producteur et la nécessité de s’intéresser à la chaîne de production. Force est de constater cependant que ce système d’indicateur peine à se mettre en place.

La demande d’Eurostat se situe aujourd’hui dans la compilation des « extensions environnementales » aux comptes nationaux avec les NAMEAs air, eau et déchets. Ce dernier système de comptes sectoriel (déchets) se heurte cependant à des difficultés méthodologiques (voir paragraphe suivant : Etat de l’art). Une bonne description des possibilités de l’approche NAMEA et de sa transformation en « table d’entrées/sorties » pour l’évaluation environnementale des biens et services est donnée sur le site de l’institut Carnegie-Mellon. En ce qui concerne les ressources, les statistiques permettent en particulier de calculer des indicateurs comme le MIPS , qui vise à confronter les niveaux de production / consommation aux limites naturelles de l’écosphère.

Dans une autre approche, les entreprises ont promu, pour leur propre compte et pour des objectifs marketing, des méthodes d’évaluation environnementales permettant de comparer des produits et des services. De nombreuses études très focalisées (sur l’effet des molécules chimiques sur la reproduction des espèces, sur les équilibres de la chaîne alimentaire, sur la migration et la spéciation des polluants, sur la modélisation de l’atmosphère et des courants marins, sur les risques sanitaires, la biodiversité, les habitats …) participent à une accumulation de données et déductions que certains chercheurs tentent de synthétiser à des fins de conseil aux décisions. Sans que ce soit leur objet initial, des développements considérables ont été réalisés pour l’évaluation des impacts dans les analyses de cycle de vie (ACV – voir les explications dans le rapport de l’Académie des technologies ). Ces travaux sur l’évaluation des impacts sont en constants progrès au travers d’initiatives telles que la « UNEP-SETAC Life cycle initiative ». Les politiques publiques de labellisation des produits ou de certification des technologies s’appuient en grande partie sur des approches ACV. L’ACV s’intéresse aux échanges (contributions élémentaires) du cycle de vie du produit ou service avec l’environnement. Selon la norme ISO 14040, le cycle de vie inclut l’ensemble des processus de production, consommation, fin de vie, décrits selon une approche « procédé » (schéma de flux) qui peut potentiellement devenir très complexe. Ainsi les échanges environnementaux dus à la fabrication d’une vis entrant dans la composition d’un téléphone portable devraient-ils être pris en compte depuis l’extraction du métal de la vis jusqu’à son recyclage ou élimination. Pour des raisons pratiques, on introduit dans les ACV un « critère de coupure » qui évite de s’intéresser aux contributions mineures, mais qui au final peut représenter une accumulation d’échanges environnementaux non négligeables. A cet égard, nous noterons que les ACV distinguent deux écoles : une école qui tient pour priorité la définition de l’objectif et des indicateurs recherchés (méthode top-down), et qui néglige dans l’inventaire des échanges environnementaux tous ceux qui ne participent pas aux indicateurs fixés a priori, et une école qui met la priorité sur un inventaire aussi complet que possible (bottom-up) aux fins d’une appréciation des impacts aussi objective que l’état des connaissances le permet. Quoi qu’il en soit, l’ACV se nourrit largement de données d’inventaires compilées dans des bases de données spécialisées et en constante évolution (Ecoinvent, ILCD). De fait, l’inventaire du cycle des matières dans le système étudié présente des éléments « préfabriqués » élaborés à un niveau d’abstraction qui ne permet pas de suivre aisément les flux de matières ou de substances dans le système. Le MFA (Material Flow Analysis) et le SFA (Substance Flow Analysis) offrent une autre approche, toujours de type « procédé », pour étudier concrètement les flux et stocks des matières dans un système. Le MFA (resp. SFA) recense les flux du système et s’attache à les quantifier sur la base de données de terrain et du principe de la conservation de la matière. Comme dans une ACV « procédé », le système représente généralement une chaîne de production ou un secteur particulier (par exemple la production et l’utilisation des granulats), et permet de déduire des indicateurs « matière »

Ces deux méthodes de connaissance (statistiques sectorielles, inventaire type « procédé ») tendent aujourd’hui à se rapprocher via les recherches conduites sous le terme de « IO LCA » (analyse de cycle de vie basée sur les entrées/sorties). D’un côté, on bénéficie de la couverture du système ES (entrées/sorties) et de l’autre, de la précision de l’approche « procédé ». Il reste que dans le principe, le NAMEA est une matrice monétaire complétée d’extensions environnementales exprimées en termes physiques. Il n’est donc pas capable d’intégrer le cycle de vie physique des matières en jeu, sauf en convertissant les flux monétaires en flux physiques, comme le propose notre projet ESPEER. Dès lors, si l’on est capable d’extraire d’une activité « moyenne » une technologie particulière, on peut évaluer les impacts des produits de cette technologie sur la base de connaissances précises la concernant tout en conservant le concours de l’ensemble des activités économiques dans laquelle elle s’inscrit.

Le projet ESPEER se situe clairement à cette articulation de deux « outils de connaissance ». L’IO LCA « physique » apparaît comme un moyen de favoriser l’émergence d’un paradigme orienté par la connaissance des interactions « matière » et monétaires entre tous les acteurs de la « chaîne de valeur » que constitue l’économie dans son ensemble, duquel on peut déduire l’influence de ruptures technologiques aussi bien que de modifications des comportements de certains acteurs (en particulier publics).

De par son caractère systémique, ESPEER se positionne sur une thématique d’écologie industrielle à l’échelle d’une nation ou d’une région, et de par l’intégration des approches monétaires et cycle de vie des ressources, ESPEER vise à mieux considérer les fonctions et utilités des ressources dans l’économie.

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Dernière mise à jour : 13-01-2015